Histoires à deux sous.

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mercredi 24 mars 2021

La Guardian Bell...

J’allais par des chemins creux de hasard, me baladant nez au vent, la fleur à la boutonnière de mon cuir noir, lorsque je le vis non loin ; fier comme Artaban, la mine claire, le teint hâlé par des heures d’ensoleillements.

Mon sang ne fit qu’un tour, que faire ? Filer à l’anglaise ? Courir comme un dératé ? Son sourire narquois me fit prendre conscience, soudain, qu’il était trop tard !

Auguste, géant difforme, rebouteux satanique des campagnes désolées, sourcier de purin et incommensurable baratineur venait de m’envoyer, sans sommation un infâme sortilège.

Dans un premier temps ; rien, autour de moi, n’avait changé ; j’apercevais toujours cet ignoble troll, terrifiant croisement entre un lubrique gremlins et la fée Carabosse.

Pourtant, une gêne persistait dans mon esprit, un manque flagrant de dynamisme, un vide sidéral d’envies particulières si ce n’est d’échapper à cet escogriffe qui m’ennuyait depuis l’école primaire.

Il ne me restait qu’une alternative, invoquer Saint-Colomban, grand patron des motards pour me sortir de cette terrible embuscade.

À ce moment précis, une alerte clochette teinta à qui mieux mieux, elle roula allégrement et se plaça à mi-distance entre ce mage tétanisé et moi, soudain revigoré ! C’était tout simplement une guardian bell toute neuve entonnant promptement une des bandes originales de la série télévisée « Sons of Anarchy ».

L’abominable troll blêmit, il venait de comprendre son impardonnable et ultime erreur, il valait mieux tourner au plus vite les talons ; ça commençait à chauffer sérieusement pour son grade. Sans plus d’hésitation, il détala comme un lièvre craintif soulevant, pour l’occasion, un nuage impondéré de poussière.

Je repris alors ma forme habituelle de vieux biker prochainement à la retraite, et, finalement, ça me convenait parfaitement. En quoi fus-je transformé pendant cette épreuve qui me sembla durer une éternité ? Je ne le sus jamais…

J’ai attaché consciencieusement la guardian bell sous mon Harley et Auguste ne vint plus jamais m’importuner…

Moralité : Quand un biker possède une guardian bell, plus rien ne cloche !

HD.png, mar. 2021

samedi 27 juin 2020

Bille en tête

Consigne : Le but de ce jeu d’atelier d’écriture est de rédiger un texte dans lequel ce sont les choses qui parlent.

Mon texte :

Aller, j’y vais bille en tête, en mode patinoire, sur la surface opalescente de ma copine toujours à la page… Pas trop grenue, la miss, certes sa blancheur extrême manque du bronzage reconditionné, mais le contact est excellent, on risque de devenir amis, c’est sûr !

Mes circonvolutions la chatouillent un brin, je lui tatoue sur la peau des déliés d’espérance, j’y trace des vers, des strophes, des alexandrins aux douzains composites et je zappe !

Je zappe en couleurs ; tantôt rouge ou bleu, tantôt vert ou noir, ma mie épouse des volumes, brasse de la gaieté. On y conjugue hardiment un petit air de fête, des flonflons pétillants, on y croise Jacques Tati sur son vélo, tout en facteur vêtu, slalomant approximativement après moult canons… y’a de la liesse, y’a d’la fanfare, y’a… la fin d’un rêve !

À mon grand désespoir, j’entends ce salopiaud d’auteur déclamer victorieusement : « il ne me reste plus qu’à taper ce texte ! »

bille en tête.png, juin 2020

vendredi 22 mai 2020

L'âne et le hérisson

Par un temps extrême de froidure
Jonglant avec des degrés négatifs
Maître l’âne, content de sa personne
S’en vint dans sa demeure
Déposa ses effets
Et s’entretint avec Morphée.

Ses ronflements tel un passage Mach un
De mirage assermenté
Attirèrent Maître Hérisson
Grelottant, frigorifié
À la porte de ce logis.

La chaleur de l’âtre
Pourtant bénéfique
Ne procurèrent pas assez
De manne chaleureuse
Et Maître Hérisson restait gelé…

Visant à quelques mètres
Un futal jeté à terre
Il eut l’idée de se nicher
Au cœur d’une de ses poches
Pour rallumer toute sa vitalité.

Maître l’âne, ragaillardi par son roupillon
Enfila son pantalon
Et se frotta sans autre forme de procès
Aux piquants de son hôte bienheureux.

Ôtant l’invité de sa fouille
Sa carte bleue en chut
sans que Maître l’âne
Ne s’en rende compte
Et il partit sans pognon
À la ville
Faire ses courses.

Moralité :
Si tu ne veux pas manquer de liquidités
Vaut mieux éviter les hérissons dans les poches.

jeudi 30 avril 2020

Cupidon s'en fout ?

Pour cette étude, nous partirons d'une considération essentielle  : peut-on, comme le suggère Rita Mitsouko, partir du postulat suivant : "les histoires d'amour finissent mal !".

Comme dans toute analyse qui se respecte ; nous soulignerons, en référence,  la définition du verbe aimer en langue française, en effet, on peut tout aussi bien aimer un conjoint, un(e) ami(e), un membre de sa fratrie, un(e) cousin(e), un chat, un chien, une soupe et la saucisse de Francfort. on aime toujours mais différemment...

Afin d'éclairer nos propos, nous prendrons le cas de Jojo et de Gertrude.

Jojo, profitant des bienfaits d'un soleil printanier des plus agréables, se promenait en sifflotant dans les allées du zoo de la ville. C'est alors qu'il aperçut, non loin de lui, Gertrude sortie, elle aussi, pour s'aérer les méninges après plusieurs semaines de confinement.

L'allure altière de Gertrude, son port de tête, ses jambes élancées firent fondre littéralement le palpitant de Jojo.

Jojo, en gentleman, sut ne pas trop montrer son émoi mais il devait bien en convenir, il venait d'être frappé de plein fouet par un mémorable coup de foudre.

Gertrude, elle non plus, n'était pas indifférente aux charmes de Jojo, sa stature plutôt râblée, sa façon de se mouvoir de manière totalement dégingandée, son côté un peu bad boy n'étaient pas pour lui déplaire.

Mais, il y avait un problème, leur amour s'annonçait quasiment impossible et les deux amoureux en pleuraient à chaudes larmes de déchirement et d'impuissance. Pendant des mois et des mois, ils se rencontrèrent au zoo, avec le même élan excusif mais, à chaque fois, ils se trouvaient confrontés à une sorte de chimère passionnelle.

Doit-on en conclure que cet amour langoureux devait, forcément, finir mal ou devaient-ils apprendre à s'aimer autrement ?

Mais, me direz-vous : "pourquoi cette flamme partagée était-elle à ce point impossible et tragique ?" C'est un fait, il ne faudrait pas omettre un détail secondaire pour notre étude : Gertrude est une girafe et Jojo un teckel !

900px-Cupidon_Lenôtre.jpg, avr. 2020